Série en cours, depuis 2021
Aerolite évoque le nom du lithium (Teralithe) – couramment prescrit pour stabiliser l’humeur du trouble bipolaire. C’est aussi le nom d’une météorite, énorme caillou arrivé sur terre par une succession de circonstances improbables, comme une métaphore du surgissement imprévisible de ce trouble.
A travers des scènes surréalistes et oniriques, une jeune femme devient une allégorie de la folie. Elle apparaît dans la nature, entourée de personnages étranges qui semblent tout droit sortis de son imagination.
Elle apparaît perdue, son être parfois réduit à un murmure. Mais elle est aussi en quête intense de lumière, prête à s’envoler loin de l’abîme. Fragile et puissante en même temps.
A travers ce personnage, je me situe au cœur même de la trame intérieure de ce que la médecine appelle les « psychoses », désignant un état de perte de contact avec la réalité, et des personnes qui ne sont pas conscientes de leur trouble.
J’en raconte le vécu – un état de présence absence, une coupure du lien avec les autres qui peuvent entrainer une souffrance – et l’un des mécanismes invisibles, masqué par les « symptômes » : une urgence spirituelle, ou la nécessité d’explorer les mystères de la vie, pour y trouver de nouvelles fondations, du sens, et de la joie. Par-delà des traumas ou des expériences de vie difficiles, c’est un processus potentiellement riche et profond.
J’explore cette zone grise, très fine, entre psychose, folie et éveil spirituel.
Si la psychiatrie cherche, la plupart du temps, à interrompre les symptômes pour protéger le « malade », il existe une autre voie, certes plus complexe, mais plus fertile aussi : guider la personne, à partir de sa psychose, vers un éveil, un puissant chemin d’exploration autant que de guérison.
Au-delà de la réalité, j’invite à regarder délires, hallucinations, monde intérieurs parallèles, comme d’autres formes de réalités riches de sens.
Au-delà des souffrances, des vies empêchées voire brisées, c’est parfois aussi des voyages initiatiques, des périples de l’esprit dans des contrées inconnues où se mêlent spiritualité, transe, découverte de soi, exploration cosmique des dimensions du temps et de l’espace.
Ce projet parle de mon histoire personnelle : j’ai traversé tout cela.
Les mots « trouble bipolaires » m’ont autant rassuré – quand le diagnostic a répondu aux angoisses d’un jeune homme de 23 ans – qu’enfermé.
J’ai été désorienté, perdu, « soigné », d’abord par la contrainte et la force, ensuite avec obéissance. J’ai pris longtemps des médicaments, puis je les ai arrêtés quand j’ai senti cet appel irrépressible à explorer librement mon monde intérieur.
J’ai alors revisité mon histoire, et j’ai choisi d’enlever une étiquette, certes protectrice, mais qui, pour moi, n’avait jamais eu de sens profond.
Entre temps, j’ai choisi de m’engager sur ce chemin escarpé qui permet de mieux se connaître. J’ai exploré de vieilles blessures, des souvenirs enfouis, et tenté de dépasser l’héritage de la naissance, de la famille.
Tandis que les troubles mentaux restent largement stigmatisés et tabous dans de nombreux pays, il est urgent de regarder nos fragilités psychiques sans crainte, avec compassion et curiosité, comme faisant partie de notre commune humanité : une expérience universelle.
Bruno Bettelheim, le célèbre psychanalyste, refusait d’admettre qu’un comportement puisse être considéré comme « dénué de sens ». Il disait : « tout ce qui est humain a un sens ».
Le fou « rappelle à chacun sa vérité », écrivait Michel Foucault.
Avec cette jeune femme, j’invite à embrasser la zone grise entre raison et folie, riche de sens, et de rêves aussi.
N’ayons pas peur. Et prenons soin autour de nous.
J’ai travaillé avec une ancienne infirmière en psychiatrie, qui incarne le personnage principal, ainsi qu’avec un danseur et des comédiens. Une seconde partie est en préparation.
Série réalisée en moyen format argentique.